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  • Retrouver le temps de se perdre

    Pourquoi avons-nous tenu si longtemps ? Douze ans à faire un journal tous les deux mois, cinq par an avec la pause estivale. Une régularité de métronome. Une discipline à toute épreuve.

    Jamais rien ni personne ne nous a obligés à tenir ce rythme. On aurait pu espacer. Ou en sauter un de temps en temps. Ou arrêter. Mais non. Depuis douze ans, tous les deux mois, un journal. Soixante-cinq numéros (avec le numéro zéro). C’est peu et beaucoup à la fois, surtout pour une petite équipe de branquignoles comme la nôtre. Vingt pages A3 tous les deux mois, c’est pas non plus l’amer à boire. Mais quand même : à chaque numéro, il y a plein de sujets commencés non-aboutis, et puis les articles qu’il faut terminer, décider lesquels paraîtront, les écrire, calibrer, réécrire, corriger, illustrer, maquetter, encore corriger, traquer le double espace, et enfin créer le PDF final. Souffler pendant les trois ou quatre jours d’impression et puis, les journées de distribution, de vente à la criée, d’envois, de réponses aux mails laissés dans le vent pendant des semaines. Après, une courte pause et replonger dans le numéro suivant. On se plaint pas hein, on raconte. À vrai dire, on est même plutôt heureux de se dépatouiller dans tout ce bordel.

    N’empêche qu’à chaque fois, les deux mois passent comme deux semaines, trop vite.
    C’était pas notre plan, il y a douze ans. Quand on a lancé ce canard, on avait bien marqué sur la une « parution à l’improviste  ». On voulait pas se mettre un boulet au pied. Quitte à être pas ou mal payés, autant ne pas avoir le stress du rétroplanning, autant avoir la liberté de pouvoir se perdre, de ne pas avoir une copie à rendre à date fixe.
    Mais en fait, au bout d’un moment on s’en est rendu compte : sans l’avoir planifié on sortait un journal tous les deux mois. Alors on a acté cette régularité. Le « parution à l’improviste » a laissé place sur la une du numéro 12 (octobre 2011) à « bimestriel à l’improviste » puis tout simplement à partir du numéro 13 « bimestriel ». Et depuis ce temps, cinquante numéros quand même, dix ans ma gueule, ça n’a pas changé.

    Le Postillon n’est plus «  à l’improviste », il est « bimestriel ». Pourquoi cette régularité ? Pour faire sérieux auprès des buralistes, des lecteurs ? Pour rassurer les abonnés ? Pour rentrer dans une case, pour être respectable ? Pour assurer quelques rentrées d’argent régulières et pouvoir (un peu) se payer ?

    Toujours est-il que dernièrement, on se sent un peu enfermés – notamment – par cette régularité. Il y a aussi les départs de certaines personnes, cette sordide psychose sanitaire et ses multiples prises de tête, l’indifférence croissante pour la presse papier en général, etc. Bref, on a un peu le sentiment de vivre une fin de cycle.

    Comment (se) donner de l’air, comment (se) surprendre ? Dans l’idéal, on aurait aimé changer la périodicité pour la réduire, passer en mensuel, ou en quinzomadaire, faire un journal sur le vif, plus nerveux, encore plus à l’arrach’ que maintenant, ruer dans les brancards. Jolis fantasmes mais force est de constater qu’on a pas les forces pour, en tout cas pour l’instant.

    Alors, à moyen terme, on va plutôt espacer. Faire des numéros plus conséquents mais moins souvent. Sûrement chambouler le format, le papier, la maquette (et donc aussi… le prix) [1]. À vrai dire on sait pas encore trop. Ce qui est sûr, c’est qu’on sortira un nouveau numéro spécial montagne avant l’été. Pour celui-là comme pour les prochains, on a surtout envie de retrouver le temps de se perdre.

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  • Yann Mongaburu, une technocratie d’avance

    Jamais avare en innovations en tous genre, la métropole grenobloise a conçu le prototype de l’élu du XXIème siècle : le technocrate d’avance. Plus connu sous le nom de Yann Mongaburu, candidat malheureux à la présidence de la Métropole en juillet dernier, il représente la nouvelle génération de politiciens, qui œuvre à amplifier les transitions entre l’ancienne technocratie et la nouvelle technocratie.
    Sur le fond, peu de différence avec les technocrates du XXème siècle : il passe l’essentiel de son temps à manigancer derrière les portes fermées des lieux de pouvoir afin de faire avancer des dossiers. Il pond des plans et des «  schémas directeurs », entreprend des nouvelles lignes de transports, promeut des innovations de numérisation, travaille à agrandir la technostructure, intégrant le Voironnais et le Grésivaudan à l’autorité de transports.
    Sur la forme, par contre, le technocrate d’avance ne limite pas l’innovation à quelques détails vestimentaires, la casquette et des pantalons colorés remplaçant les costards d’antan. Sa plus-value est surtout linguistique, ses discours étant saturés de mots de la technocratie du futur ; « en transition » «  d’avance », « du XXIème siècle  » « du nouveau monde ». Partons à la découverte d’un des principaux acteurs de la tragi-comédie qui agite la Métropole depuis trois mois.

  • Le flicage recyclé

    Au Postillon, on aime bien fouiller dans tout ce qui est un peu crade, ce qui pue, l’envers du décor en somme, alors on s’est intéressé au devenir de nos poubelles. Devant l’ampleur de la tâche, on a commencé par faire un tour sur le site internet de la Métropole, qui s’occupe des déchets des ménages de l’agglomération grenobloise. On est tombés sur une vidéo où l’équipe de communication scotche une puce GPS sur une brique alimentaire avant de la jeter dans la poubelle verte, pour qu’on puisse suivre sa trace. Les experts en fact-checking du Postillon ont décrypté cette vidéo et il s’avère que c’est une fake news : dans la vraie vie, la puce GPS est séparée des matériaux recyclables au tout début du tri. On a d’ailleurs retrouvé cette puce, errant vers La Tronche, et elle a accepté de nous raconter son histoire dans le monde des déchets.

  • Tête à Cliiink

    Depuis 2019, la Métropole de Grenoble expérimente Cliiink, un « dispositif de colonnes à verre connectées incitant les usagers à recycler bouteilles et bocaux  ». L’arrivée et le déploiement de cette « solution innovante pour la smart city » se sont déroulés dans l’indifférence générale de la population. Il n’y a que Julien Martin que ça a énervé. Et à cause de ça, il va devoir s’expliquer au tribunal.

  • Après la quarantaine, des antennes par centaines ?

    Elles poussent encore plus vite que les champignons dans les forêts de Chamrousse en ce mois de septembre. Pour l’intérêt supérieur du très haut débit partout, les antennes-relais colonisent les collines et les hauts d’immeubles, et peu importe l’avis des riverains.
    Pour le second épisode du feuilleton « Crise-Antennes », Le Postillon est allé à la rencontre d’habitants luttant contre l’installation ou la présence d’antennes-relais à proximité de chez eux. Une lutte inégale et vouée à un semi-échec : au mieux, elles peuvent aboutir à leur déplacement quelques dizaines de mètres plus loin. C’est que les opérateurs ont en même temps des méthodes de voyous et la loi de leur côté, encore plus depuis le confinement. Impuissants, les élus ne peuvent qu’accompagner cette invasion d’antennes, même s’ils font mine de la contester.

  • Ici on déboise comme on tue

    Quand j’ai écrit mon premier article sur les jardins de la Buisserate, en février 2019, je pensais que c’était une cause perdue, que jamais personne ne se bougerait pour sauver ce dernier espace non urbanisé du bas de Saint-Martin-le-Vinoux promis à l’édification de quatre immeubles. J’avais tort et la lutte pour sauver ces jardins a pris ces derniers mois de plus en plus d’ampleur. Une association d’habitants et un collectif écolo ont relancé le jardinage, en se donnant rendez-vous tous les dimanches. Dans la nuit du 4 au 5 septembre, six personnes venues repérer les lieux pour une éventuelle occupation se sont mangé 60 heures de garde-à-vue et des contrôles judiciaires extrêmement sévères dignes des procédures anti-terroristes.
    Je suis retourné souvent à la Buisserate. Pour voir Raphaël, le vieux jardinier dont je parlais dans le premier papier, pour prendre le goûter le dimanche avec les jardinières, pour suivre des manifs, des flics ou des ados du quartier. J’en revenais selon les jours un peu mélancolique ou émerveillé, déconfit par la marche du monde et la distance qui sépare tous ces gens, curieux de savoir ce qui pourrait les réunir. Devant ces arbres debout, devant ce vieux jardinier, des bribes de Terre des hommes ressurgissaient et je me demandais si Saint-Exupéry pourrait nous tirer d’affaire.

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