« Les conditions [suffisamment bonnes] du travail. » C’était le titre d’un des ateliers ayant eu lieu pendant l’évènement national « rencontres professionnelles des centres d’art contemporain », organisé les 24 et 25 novembre dernier au Magasin de Grenoble. Les participants avaient la chance de pouvoir potentiellement étudier un cas pratique sous leurs yeux. Le 24 novembre à midi, sous la pluie, un petit rassemblement de salariés du centre grenoblois s’est déroulé pour dénoncer « une situation de travail insoutenable » : « Derrière les façades culturelles et les discours officiels, l’équipe vit une dégradation continue de son quotidien, marqué par l’absence de dialogue, l’opacité des décisions et un climat de méfiance qui s’est lentement imposé comme une norme. Depuis plus de deux ans, le centre est traversé par des départs successifs, des licenciements, des démissions, des arrêts maladie et des accidents du travail qui, mis bout à bout, dessinent un tableau préoccupant. »
Soit plus ou moins le copié-collé du discours des ex-salarié-es il y a quatre ans et demi, au moment du départ de la précédente directrice Béatrice Josse (voir Le magasin sans horizon dans Le Postillon n°60). Ou de celui des ex-salarié-es il y a presque dix ans, au moment du départ de l’ancien directeur Yves Aupetitalot (voir Le magasin doit-il fermer boutique ? dans Le Postillon n°34). C’est comme si aucune leçon n’était tirée du passé et qu’indéfiniment les mêmes causes produisaient les mêmes effets. Que tous les cinq ans, on constatait que les commissaires d’exposition et autres directrices artistiques dirigeant ce lieu, aussi différents soient-ils, étaient visiblement incompétents pour gérer des humains. Depuis 2022, c’était Céline Kopp aux manettes. Parmi les multiples conflits racontés par les salariés, il y en a un particulièrement symptomatique.
En 2024, une salariée fait part à la déléguée du personnel de faits qui s’apparentent à « une agression et du harcèlement sexuel » de la part d’un membre du bureau de l’association, d’autres salariés témoignant aussi de situations problématiques. La déléguée fait donc un signalement qui pousse la direction à déclencher une enquête interne menée par un cabinet d’experts choisi par la direction… Cette enquête conclut au « non-lieu » et cela aurait pu s’arrêter là… Mais la direction enclenche alors une procédure de « licenciement pour faute grave » à l’encontre de la déléguée du personnel, la faute grave étant la « diffamation » envers le membre du bureau et plus largement envers l’institution… Et pourtant, cette affaire n’avait même pas été médiatisée ! De façon assez logique, ce licenciement est refusé par l’inspection du travail, la déléguée du personnel n’ayant fait que son travail de signalement des faits de qui lui ont été signalés. Ça n’empêche pas la direction de continuer son acharnement. Elle multiplie les appels notamment contre la décision de l’inspection du travail : des procédures longues et coûteuses, mais financées sur fonds publics, comme les dommages que devra selon toute vraisemblance payer l’institution suite au futur jugement aux prud’hommes à l’automne prochain.
Contactée pour avoir la version de la directrice et du membre du bureau du Cnac, c’est tout d’abord une agence de com’ puis la présidente de l’association, Alice Vergara, qui nous a répondu, affirmant « ne pas pouvoir commenter de situations individuelles ni les procédures prud’homales en cours » mais précisant quand même que notre présentation « omet des éléments déterminants, lesquels seront examinés par la justice prud’homale ». Sur le malaise des autres salarié-es, elle répond que « si certaines situations ont nécessité des procédures » elles ont été menées « dans le strict respect du Code du travail » et que toutes « les obligations réglementaires sont respectées ». Y a rien à voir, vous pouvez circuler. D’ailleurs, la directrice elle-même – Céline Kopp – va circuler et opte pour la stratégie « courage, fuyons » face aux multiples mises en cause. Au premier janvier, elle prendra la direction d’un musée niçois… En attendant une nouvelle personne à la direction et une nouvelle crise dans quatre, cinq ans ?
Bref. Alors que le monde culturel souffre de baisses de subventions massives, le Magasin bénéficie d’une grande mansuétude de la part de ses tutelles (ville, département, région, État) et continue à toucher autant d’argent public malgré ces crises à répétition. On ne change pas une méthode qui perd… et on privilégie toujours les vitrines clinquantes plutôt que les petites structures plus sociales.


