Oh quel intrépide journaliste du Daubé ! Mais quel diable a donc piqué Jean-Benoît Vigny ? Le 10 juin 2025 il publiait dans le quotidien local un long article à charge contre une autre institution locale, Grenoble école de management (Gem). Hérésie ! Habituellement le journal se permet de publier des éléments critiques sur d’autres institutions uniquement en cas de forte pression citoyenne et en l’accompagnant toujours de la réponse des mis en cause. Oui mais voilà, pour ce coup-ci : « Contactée à plusieurs reprises, et malgré l’envoi de questions par mail, la direction de Gem ne nous a jamais répondu. » Alors logiquement le journaliste a publié son papier, basé notamment sur la lettre d’un corbeau, questionnant les « vidéos racistes » réalisées par des étudiants de Gem, la « situation financière délicate », la « fronde des enseignants », le « président impliqué dans une affaire de harcèlement », ou la « stratégie à l’international contestée » (Gem a notamment ouvert un campus à Dubaï pour former les étudiants au luxe, à la tech et – la bonne blague – au développement durable). Que n’avait-il pas fait ? Le lendemain, la Une et une double page sont consacrées au « droit de réponse » de la direction (qui n’avait donc pas répondu aux premières questions, pensant que le quotidien ne sortirait jamais rien sans sa version). Huit mois après, les deux institutions semblent être définitivement réconciliées : le 29 janvier, le quotidien proposait un « supplément gratuit » célébrant l’école de management qui fêtait « 40 ans d’innovation au service du territoire et de l’international » (même si on ne sait pas trop ce que signifie « l’innovation au service de l’international »). Au sommaire : des interviews élogieuses de la directrice générale Fouziya Bouzerda (par ailleurs conseillère municipale à Lyon et soutien de Jean-Michel Aulas), du président Pierre Streiff ou des articles aussi audacieux que « Innovation et technologie : dans l’ADN de Gem ». Ce supplément « réalisé en partenariat avec Gem » a été rédigé principalement par « dix étudiants de Gem » afin de leur faire « découvrir le métier de journaliste ». Du moins, la vision qu’en ont Gem et les patrons du Daubé, soit : brosse à reluire.
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